DÉJÀ-VU

Le duo de Garance Poupon-Joyeux & Alexandre Arbouin questionne la superficialité de l'art par le biais du déjà-vu et une remise en question de la singularité artistique. Si certaines œuvres laissent poindre une certaine dimension critique – notamment le Diaporama qui confronte des œuvres formellement similaires créées par des artistes différents souvent involontairement – le positionnement du duo est cependant volontairement ambigu et ambivalent. Tantôt artistes intégrés au milieu de l'art contemporain, usant des « codes » pour confectionner leurs versions de ce qu'ils nomment « incontournables de l'art », tantôt simulacres d'artistes ratés, le duo interroge avec ironie une certaine futilité de surface de l'art.

Garance Poupon-Joyeux & Alexandre Arbouin s'approprient parfois des noms, des signatures et même des styles et « pattes » d'autres artistes pour créer des œuvres plus ou moins originales. Ils proposent également leurs services aux collectionneurs particuliers en réalisant des œuvres spécialement conçues pour eux et leurs collections particulières, abolissant ainsi la génialité de l'artiste qui ne répondrait qu'à son inspiration, intérieure ou divine. Ils réalisent également des starter-packs, des kits de démarrage de collection avec des œuvres à peindre soi-même, pour les collectionneurs moins inspirés, inversant ainsi le sens de la commande tout en court-circuitant le système des marchands intermédiaires et en re-questionnant la propriété artistique.

UNE NULLITÉ FEINTE

Leur travail met souvent en scène avec ironie une certaine impuissance ou incapacité de ces artistes opportunistes mais décalés, plus ou moins « ratés », ceux qui n'auraient pas intégré les attentes ou le fonctionnement de l'art contemporain ou qui se seraient mélangé les pinceaux. Leur concert On Air n'ambiance pas, il n'est qu'une très pâle copie des concerts des artistes qu'ils reprennent, plus près des karaokés vides que des festivals bondés. Leur attitude très travaillée pour atteindre un degré d’ambiguïté fort pousse le spectateur à éprouver à la fois de l'admiration et du rejet, du plaisir et de la pitié dans cette nullité feinte avec pertinence. Par ailleurs, les tentatives du duo de spoiler des œuvres ou des événements relèvent de cette même simulation d'incompétence. Plutôt que de mériter l'attention, le duo tente de la voler aux autres, jouant sur leur absence illusoire de singularité.

DE FAUX READY-MADES

Un point important du travail du duo est la création de « faux ready-mades ». Il s'agit pour ces artistes de créer à la main des objets qui paraissent industrialisés et réalisés en chaîne. Le talent et la singularité de l’œuvre et de l'artiste sont ici mis de côté. Ainsi, les Parpaings, entre autres, se présentent sous la forme de faux ready-mades, entièrement créés pour paraître industrialisés et prêts à l'emploi. Par ailleurs, un intérêt particulier est porté pour les éléments qui relèvent du second-œuvre, entre le gros-œuvre (construction de la structure globale) et les finitions. En architecture, cela correspond à ce qui est réalisé après la construction du squelette du bâtiment (murs, sols, cavités...) mais avant la décoration du lieu. Par exemple, la mise en place de blocs de secours, la construction de faux-plafonds, etc. Ces éléments bousculent les conditions de l'art en en repoussant ses frontières. La pratique ici est à la limite de celle de l'ouvrier, de l'architecte, de l'artisan, du décorateur, qui œuvrent également dans le lieu d'exposition.

UN JEU DE TRICHE

Le positionnement vague des artistes flirte parfois avec l'imposture. Un jeu déjoué, un jeu biaisé se met en place. Les artistes tentent de cerner les conventions pour pouvoir ensuite les contourner à leur aise. Ainsi, la pratique du duo s'approche parfois de celle de la triche : changer les règles du jeu, ou en faire fi, bluffer, etc. La copie (comme Fac-similé ou RF 218), la feinte (On Air), ou le spoil sont utilisés comme des moyens de contourner les exigences concernant la singularité enjointe à l'art contemporain. Il s'agit toujours de jouer. Mais à leur manière. Respectant certaines règles, en transgressant d'autres superflues ou trop autoritaires. La démarche relève cependant bien évidemment d'une certaine singularité. C'est ce qui permet au duo d'être ambivalent et de se libérer ainsi de la contrainte d'une posture unique.

Alan Smithee