« Au fur et à mesure que la perception se crée, son souvenir se profile à ses côtés, comme l’ombre à côté du corps. Mais la conscience ne l’aperçoit pas d’ordinaire, pas plus que notre œil ne verrait notre ombre s’il l’illuminait chaque fois qu’il se tourne vers elle. »
Henri Bergson, Le souvenir du présent et la fausse reconnaissance, 1908


Notre travail explore l’impression de déjà-vu depuis ses apparitions implicites jusqu'à ses manifestations les plus explicites. Il s’agit de questionner une expérience qui trouble notre perception de la réalité puisque nous semblons vivre une deuxième fois une situation sans que cela ne soit pourtant possible. Nous sommes alors engagés dans un « rêve renversé » : « alors qu’en rêvant on prend l’hallucination pour la réalité, dans ce dernier on prend au contraire la réalité pour une hallucination » (Bodei, La sensation de déjà-vu, 2007) et devenons spectateurs de notre propre vie (Bergson, 1908). Si l’impression de déjà-vu dans l’art contemporain peut s’expliquer par un certain héritage de reproductions, d’appropriations, ou d’éternels retours, la sensation de déjà-vu, et en particulier cette expérience de dédoublement de l’individu, prend un nouveau sens dans une époque [post-internet] où les écrans et la virtualité technologique sont omniprésents.


Comment appréhender des images, des situations, des rencontres, dans cette tendance au dédoublement virtuel ? Le duo participe-t-il à ce dédoublement de la perception ? Si nous partageons une impression, peut-être tend-elle vers une certaine légitimité ? Notre pratique tente donc d’ancrer plastiquement, et concrètement, des usages et des pratiques relatives à une époque (et une génération ?) qui troublent la frontière entre réalité et virtualité, en dédoublant l'expérience IRL en expérience virtuelle, fragilisant notre perception, et favorisant ainsi les impressions de déjà-vu.